Thème : Jacob : Léa et Rachel (6)
Lectures bibliques : Gen. 29 :31 –
30 :24.
L’Eternel vit que Léa
n’était pas aimée …
Avec ce nouvel épisode de la vie de Jacob qui, manifestement, s’est
étendu sur plusieurs années vu le nombre de grossesses qui se sont succédées, l’occasion nous est donnée de nous attarder un moment sur le comportement de ses deux épouses. Elles n’étaient pas
seulement différentes physiquement, l’une plus âgée que l’autre, Rachel probablement d’une plus grande beauté que sa sœur, mais également différentes spirituellement.
Il me semble en effet que ce « concours de grossesses »,
à qui enfantera le plus de Jacob pour revendiquer sa préférence conjugale, révèle avant tout le niveau de dépendance de la grâce divine de chacune de ces femmes. Ce sera en tout cas le point
principal de notre approche de ce nouvel épisode pour rester dans le thème de la grâce de Dieu qui n’a certes pas été vaine dans l’histoire de Jacob.
En effet jusqu’ici, on a vu que si Jacob pouvait reconnaître la
présence et la fidélité de Dieu, il ne pouvait pas s’empêcher pour autant de faire des plans et utiliser des moyens pour obtenir ce qu’il désirait. Malgré les conséquences de ses actes, il ne
semblait pas pouvoir laisser davantage à Dieu le soin de décider pour lui. Jacob était bien celui qui supplante, celui substitue à la grâce le mérite, celui qui suit sa volonté au lieu de se
soumettre librement à celle de Dieu, bien qu’il en ait fait le vœu quand il a dit : L’Eternel sera mon Dieu !
Son histoire révèle notamment qu’entre la connaissance théologique
de la grâce de Dieu et l’expérience que nous pouvons en faire réellement, il y a souvent une marge importante, une distance qui nous éloigne d’un réel vécu de la grâce qui surabonde. Qui d’autre
que Dieu pouvait aimer et bénir un homme comme Jacob ? Ne l’a-t-il pas choisi afin que sa grâce envers lui soit encore plus manifeste ? Peut-être n’aurait-elle pas été autant évidente
en choisissant Esaü… Qu’en a-t-il été chez Léa et Rachel ? D’abord chez Léa.
L’Eternel vit que Léa
n’était pas aimée… Dieu a de la compassion pour ceux qui sont haïs, méprisés, rejetés, délaissés, malheureux… et même pour ceux
qui souffrent en conséquence de leurs attitudes. Car, que Léa ait été moins aimée de Jacob que Rachel, cela peut aussi se comprendre. N’a-t-elle pas participé à la tromperie de son père en se
substituant à sa sœur auprès de Jacob ? Comment Jacob pouvait-il l’aimer autant que Rachel alors qu’elle l’avait supplantée… comme lui-même d’ailleurs avait supplanté son
frère ?
Et pourtant, malgré cela, l’Eternel, voyant qu’elle n’était pas
aimée, la consola en la rendant féconde, tandis que Rachel était stérile. La mal-aimée pouvait enfanter et la bien-aimée ne le pouvait pas ! Celle que Jacob avait choisie pour lui donner une
descendance était stérile et celle qu’il n’avait pas choisie pouvait procréer abondamment. Celui qu’Isaac avait choisi de bénir n’a pas reçu sa bénédiction mais bien celui qui n’était pas en
droit d’aînesse de la recevoir. La miséricorde divine ne dépend pas de celui qui veut ni de celui qui court mais de Dieu qui fait miséricorde à qui il
veut. Ro.9 :16-17.
On peut cependant supposer aussi que Léa s’était ouverte à Dieu de
sa souffrance de ne pas être aimée de la même manière que sa sœur. On peut le supposer par le fait que dès la naissance de son premier fils, elle déclare: Dieu a vu mon humiliation et maintenant mon mari m’aimera. Elle semble faire de sa grossesse un exaucement de sa prière, une réponse de Dieu à sa souffrance de
femme mal-aimée. Elle en est reconnaissante à Dieu en nommant son fils Ruben ce qui veut dire voyez un fils ! Non pas dans un esprit de revanche
mais de reconnaissance pour la compassion de Dieu voyant qu’elle n’était pas aimée. Et par la suite, il en sera chaque fois de même.
Ainsi son deuxième fils, elle l’appelle Siméon, un prénom tiré du
verbe hébreu entendre car, dit-elle, Dieu a entendu que je n’étais pas aimée. Le prénom de son
troisième fils, Lévi, s’accordait avec son espoir que son mari désormais s’attachera à elle. Le quatrième, Juda, vient du verbe célébrer en accord
avec son désir de célébrer Dieu pour sa bénédiction. Chaque nouvelle naissance a été l’occasion pour Léa de rendre grâces à Dieu qui a vu son humiliation d’épouse.
Comment rendons-nous grâces à Dieu pour ses bénédictions ? Par
quels gestes de reconnaissance ? Par quel genre de décisions ? Concrètement à quoi reconnaît-on que nous sommes reconnaissants à Dieu de ses bienfaits ? Par le nom donné à ses
enfants, Léa a voulu rendre témoignage du secours de Dieu la consolant de son déficit d’amour.
Par contre, pas la même démarche chez Rachel. Si Léa a souffert
d’un manque d’amour de la part de Jacob dont elle était la première épouse, Rachel était jalouse de sa sœur considérée comme une femme bénie grâce à ses nombreux enfantements. Rachel, elle s’en
prend à Jacob de ne pas être enceinte comme si elle ne semblait pas faire de la naissance d’un enfant une bénédiction de la Providence divine, comme Léa, mais le simple fruit d’un acte
humain.
On peut le dire à cause du dialogue entre elle et Jacob :
Donne-moi des enfants, lui dit-elle. Et lui de répondre : suis-je à la place de Dieu qui t’empêche
d’être féconde ? Tiens donc, Jacob qui reconnaît à Dieu une certaine volonté ! Mais la différence à souligner est surtout entre Léa et Rachel. La première s’en est remise à la
grâce de Dieu, comptant sur sa compassion en voyant son humiliation. La seconde s’irrite contre Jacob et va utiliser sa servante comme mère porteuse, s’opposant ainsi à la volonté de Dieu qui
l’avait rendue stérile.
Et c’est ainsi que Jacob eut une troisième femme… Une polygamie
contraire à l’institution divine du mariage entre un homme qui quitte père et mère pour s’attacher à sa femme afin de devenir une seule chaire avec
elle. Gen.2 :24. C’est la définition biblique du mariage qui fait que toute autre forme de conjugalité ne peut être appelée mariage et est même
qualifiée d’adultère par l’apôtre Paul. C’est donc le cas de ce qu’on appelle aujourd’hui la cohabitation.
Il ne faudrait donc pas trop vite considérer les fruits des
liaisons polygames de Jacob comme preuve d’approbation divine. Dans le récit qui nous occupe, on peut pourtant y reconnaître la grâce de Dieu qui ne punit pas en proportion de la faute et qui,
particulièrement dans ces cas-ci, permet à des enfants nés illégitimement d’intégrer une descendance au même titre que les enfants légitimes. Mais pour autant, il n’y a pas de légitimation d’une
liaison hors mariage de la part de Dieu.
Autre différence entre Rachel et sa sœur : dans sa réaction
après la naissance de ce fils né de sa servante, elle dit : Dieu m’a rendu justice… Vous vous souvenez de ce que Léa avait dit ? Bien autre
chose: Dieu a vu mon humiliation… Léa avait reconnu la compassion de Dieu remarquant qu’elle n’était pas aimée. Rachel a plutôt vu que Dieu avait
servi son ambition de rivaliser avec sa sœur. Ce qui a fait dire à Calvin : elle ne célèbre pas tant la bonté de Dieu qu’elle s’applaudit
elle-même !
Et le nom qu’elle a donné à ce fils est très significatif :
Nephtali, ce qui veut dire mon combat, selon ce qu’elle disait : j’ai lutté auprès de Dieu contre
ma sœur et j’ai vaincu. Très différent de voyez un fils, pour Ruben, de qui a été entendu, pour
Siméon, de attachement, pour Lévi ou de qu’il soit loué, pour Juda.
A ce stade-ci du récit, je me demande si Jacob n’a pas été séduit
surtout par la beauté physique de Rachel sans considérer l’aspect spirituel. Or, avant de former un couple, il faut veiller à la dimension spirituelle. Pourtant, la suite me convainc moins des
plus grandes qualités spirituelles de Léa. Toute belle âme en apparence a aussi ses zones d’ombre et personne ne peut prétendre à la perfection morale !
Si jusqu’ici nous avions peut-être une préférence pour Léa parce moins aimée, parce que plus spirituelle, parce qu’au bénéfice de la compassion divine, en apprenant ce qu’elle a été également
capable de faire, nous sommes déçus. Et oui ! Léa, voyant qu’elle n’enfantait plus, usa du même moyen que sa sœur pour avoir encore un enfant : elle donna sa servante pour femme à
Jacob ! Comme si elle n’avait jamais connu la grâce que Dieu lui avait déjà accordée plusieurs fois.
On a même l’impression que maintenant ce sera à celle des deux
sœurs qui sera la plus malicieuse, voire la plus immorale, pour s’approprier le mari ! Jusqu’à échanger une nuit avec lui pour des mandragores, plantes qui passaient pour produire des effets
magiques ! Or, même dans ces conditions-là, Dieu exauça Léa qui accoucha d’un cinquième fils, suivi d’un sixième et d’une
fille.
C’est alors que Dieu se
souvint de Rachel, il l’exauça et la rendit féconde. Et elle donna le nom de Joseph à ce fils né de Jacob. Quand Dieu se souvient, cela veut-il dire qu’il a des pertes de mémoire ou qu’il
est distrait ou qu’il oublie volontairement ce qu’il a dit ? Difficile d’imaginer que Dieu qui par définition a la connaissance de toutes choses, puisse oublier. Dire que Dieu se souvint de Rachel, c’est une manière de dire qu’il lui accorde sa grâce en la rendant féconde tandis qu’elle était stérile.
Parlant de grâce, on peut ici remarquer que les femmes de la Bible
qui ont enfanté après avoir été stériles ont donné naissance à des personnages importants dans la révélation biblique. C’est le cas d’Isaac, fils de Sara qui n’a enfanté que dans sa vieillesse
car stérile, de Jacob dont la mère Rebecca devint enceinte par la faveur divine car elle était stérile, de Samuel quand l’Eternel se souvint de sa mère Anne, de Jean-Baptiste… Ce fut le cas aussi
de Joseph, fils de Rachel, au destin plus extraordinaire que tous ses frères, sauvant plus tard sa famille de la famine en l’accueillant en Egypte dont il était devenu le
gouverneur.
Il faut aussi ajouter que les raisons pour lesquelles ces femmes
ont été rendues stériles par Dieu ne sont pas données. Il n’y a donc pas lieu d’établir un lien de cause à effet, comme une faute qui serait punie par une stérilité. A se prendre pour Dieu afin
d’expliquer ce que lui n’explique pas, on se trompe toujours et on fait beaucoup de tort par des jugements sans fondement. Si dans le cas de Léa, on sait que Dieu la rendit féconde parce qu’elle
n’était pas aimée, rien ne permet d’affirmer un lien avec la stérilité de Rachel.
Finalement, on peut même parler d’une même faveur de Dieu à l’égard
des deux sœurs malgré leurs différences. Pour Léa, quand Dieu la rendit féconde voyant qu’elle n’était pas aimée. Et pour Rachel, quand Dieu se souvint d’elle et la rendit féconde. Dieu n’a pas
besoin d’une raison de préférence à une autre pour accorder sa grâce. C’est sa compassion pour toute souffrance humaine qui est source de sa bénédiction. Une compassion qui s’est manifestée en
Jésus-Christ venu sauver non pas ceux qui pensent être sans défaut mais les fautifs, non pas ceux qui n’ont pas besoin de médecin mais ceux qui sont malades…
Dans sa bonté, Dieu nous sauve par la foi en Jésus-Christ, non
parce que nous accomplissons des actes conformes à sa volonté mais parce qu’il a pitié de nous comme il a eu pitié de Léa qui n’était pas aimée, de Rachel qui était stérile, de Jacob qui était…
comme il était ! Soyons reconnaissants pour sa grande compassion qui ne se réduit pas à des paroles mais qui a été incarnée en Jésus-Christ !
Vous venez de lire une prédication
du Pasteur Luc Flémal –EPUB de
Nivelles
Nous le remercions pour sa fidèle
amitié.
Frère
Jacques
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